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Une Larme du Diable n°3 - décembre 2011

1er décembre 2011. Naissance du troisième numéro d’Une Larme du Diable...

sommaire du troisième numéro

Bernard-Pierre Donnadieu (Claude Guerre), Le silence et la parole : là où la voix manque (David Le Breton), Écoute… (Emmanuelle Bouzillé), La parole n’existe que parce qu’il y a le silence autour (entretien avec Michael Lonsdale), L’amour au bureau, J… (Patricia Janody), Les aventures de J.-L. (1) : C’est cloche… (Jean-Louis Magnier), Une approche sonore du langage : Le concept de « ouï-dire » chez Spinosa (Céline Hervet) – LE DOSSIER ALAIN TRUTAT : textes de Jean-Marie Borzeix, Roger Grenier, Blandine Masson, Valère Novarina et Antoine Coron – Le destin lévogyre de Salvatore Volta (Pierre Senges), Aujourd’hui et hier : la voix (Arlette Farge), le cahier photographique de Klavdij Sluban, Le chant des oiseaux : un passé (Vasco Zara), Radio Plogoff (Gilles Simon), Campanologie (par le docteur Billon, 1865), Oufipo (publicité), Mots croisés

la couverture

CouvULD3

mise en bouche, trois extraits...

Le chant des oiseaux : un passé. Variation sur une mélodie secrète, par Vasco Zara, p. 102

Trompeter, glapir, glatir, zinzinuler, grisoller, turluter, glouglouter, picasser, peupleuter, ululer, huer, tutuber, craquer, craquetter, claquetter, glottorer, glousser, caqueter, coclorer, coucasser, gazouiller, trisser, triduler, nasiller, cancaner, jacasser, jaser, hioquer, chuinter, cancaner, nasiller, canqueter, babiller, criailler, roucouler, caracouler, pépier, piailler, chucheter, chuchoter, coucouler, coucouer, cacarder, criailler, siffler, cagnarder, brailler, criailler, coqueliner, appeler, babiller, flûter, ramager, fringoter, pupuler, puputer, croasser, tirelirer, croûter, couler, cacaber, carcailler, courcailler, margauder, margoter, glottorer, grailler, friguloter. En un mot : chanter. Le vertige de la liste raconte une richesse qui en dit long sur la fascination que le chant des oiseaux a exercée depuis toujours sur les humains. Le premier compilateur connu fut Varron, le général déchu par César, et par César donné à la mémoire et à la gloire de l’histoire. De retour à Rome, il devint l’un des plus grands érudits de son temps : le concepteur des bibliothèques, l’auteur des poèmes et des traités philosophiques, celui dont le canon disciplinaire fut le modèle du savoir pour les siècles à venir. Mais son répertoire n’est qu’une apparition fugace, fragment parmi tant d’autres d’une œuvre encyclopédique en grande partie perdue : « Mugit bovis, ovis balat, equi hinniunt, gallina pipat ». Le deuxième fut Suétone, l’historien des empereurs qui raconta la vie, la mort, les gestes et les ragots. Et c’est sa liste qui traversa les temps : corvorum crocitare. aquilarum clangere. accipitrum plipiare. gruum gruere. ciconiarum crotolare. anserum gliccire vel sclingere. anatum tetrissare. pavonum paupulare. (gallorum cucurrire vel cantare). graculorum fringulire. noctuarum cuccubire. cuculorum cuccubare. merulorum frendere vel zinziare. turdorum trucilare vel soccitare. sturnorum passitare. hirundinum fritinnire vel minurrire – dicunt tamen quod minurrire est omnium minutissimarum avicularum – gallinæ crispire. passerum titiare.

La parole n’existe que parce qu’il y a le silence autour – Entretien avec Michael Lonsdale, p. 20

Question : Michael Lonsdale, la plupart des entretiens que nous pouvons lire vous concernant évoquent tous l’homme de théâtre ou le comédien pour le cinéma. En revanche, ils font le plus souvent l’impasse sur l’homme de radio. À quoi imputez-vous cet oubli ?
Michael Lonsdale : C’est parce que la radio est un outil moins médiatisé. Il n’y a pas de photo à la différence du cinéma, par exemple, sauf lorsque certaines mises en ondes ont donné lieu à quelques prises. Voilà, c’est tout simple... Et puis, la radio, c’est quelque chose que l’on écoute chez soi. Il n’y a pas ce petit frémissement lorsque l’on sort pour aller au cinéma ou au théâtre. La radio, on tourne un bouton et, plouf, c’est là. C’est plus intime, c’est plus familier. Mais c’est beau ! Je demande souvent aux journalistes pourquoi ils ne m’interrogent pas sur ce que j’ai fait à la radio et eux de me répondre que ce qui compte, c’est le cinéma ou le théâtre, alors bon...

Page ouverte pour Alain Trutat, par Valère Novarina, p. 69

20 septembre
La voix est une chair indescriptible.
La voix est la chair de la chair et c’est pour cette raison qu’on ne la voit pas. La voix passante : une ombre charnelle. Qu’est-ce qu’elle nous dit ?... La voix est la vérité du corps puisqu’elle s’en va.
Un point poignant de présence et en creux. Point hors corps, comme le véritable point est hors l’espace : voix de quelqu’un ? ou voix de personne ? ou voix qui manque ?
Une voix revient dès que nous prononçons son nom ; je me souviens de la voix d’Alain Trutat. Un homme invisiblement rayonnant. Inquiet, tendre, travailleur et infiniment attentif.
« Travaillez sans cesse ! »
La radio prouve que ce que l’on saisit ne compte pas : tout ce qui se mesure périt − que rien n’est immobile et que rien n’est prouvé par les yeux, que tout est ondes, énergies, passages de choses sans preuves ni traces ni noms ; elle démontre, elle montre par respiration du rythme, la dépense, le libre déversement des langues, devant nous et en nous : la fluidité et le don. La radio avance doucement que rien n’est sans langage ; la radio dit rien n’est sans voix. Elle ne fixe rien de l’image humaine ; elle donne l’immatérialité.
La voix dit que la mort en a fait disparaître beaucoup, mais qu’elle n’a jamais pu nier personne.
Si les morts se relèvent un jour, si la chair leur revient, ça commencera par la voix...


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