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Une Larme du Diable n°6 - décembre 2015

Décembre 2015. Sixième numéro de la revue des mondes radiophoniques et des univers sonores.

Sommaire de ce sixième numéro :

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Histoires sonores
Bruit et dégoût du bruit dans la modernité.
par Christophe Granger, historiens

Boris Jollivet, audio naturaliste
Saisir la vie et les dimensions inattendues de notre monde sonore.
Entretien

Dossier : l’insulte, l’injure
La violence verbale au prisme du sonore.
par Céline Hervet, philosophe

Quelques questions à Michèle Boëhm
par Jean-Louis Pautrot, professeur d’études françaises et
internationales à Saint-Louis University, Missouri, Etats-Unis

Édouard Fouré Caul-Futy
« Si l’écoute va mal, le monde va mal. »
par Jean-Louis Magnier

Bernard Heidsieck
Héritage d’un poète debout.
par Philippe Franck, historien d’art et critique culturel, directeur de Transcultures, Mons, Belgique

Un monde à portée de voix
Herman/L’Enfant aveugle 2 (1966) de Johan van der Keuken.
par Cécile Tourneur, docteur en Esthétique, Sciences et Technologies du Cinéma et de l’Audiovisuel

Silence, Beethoven compose !
Essai sur la poétique du silence dans l’œuvre de Beethoven.
par Bernard Fournier, musicologue

À travers le monde
La télégraphie électrique sans fil

Une visite à Michel Célie
par Jean-Louis Pautrot, professeur d’études françaises et internationales à Saint-Louis University, Missouri, Etats-Unis

Éditorial :

Nous avons souhaité un numéro d’Une larme du diable plein de son, qui résonne autant que le permet la page muette. La question nous taraude depuis le début de cette aventure éditoriale : comment l’écrit et le silence sont-ils à même d’évoquer ce qui s’entend, ce qui s’écoute ? Contradiction au cœur de notre projet, qui n’est autre qu’un appel à l’imaginaire. Un paradoxe qu’incarne d’ailleurs Beethoven qui dans une écoute intérieure, une musique composée « mentalement » pouvait saturer l’espace sonore, donnant à ses silence une résonance rarement égalée dans l’histoire de la musique, ou à l’inverse Bernard Heidsieck, poète sonore disparu il y a peu, pour qui la lettre silencieuse devait être transcendée par la performance, par le dire. Aussi avons-nous lardé nos pages de quelques « noms d’oiseaux », jurons, insultes et injures, à défaut de pouvoir comme eux fendre les airs. « Gros mots », « langage oral », ce sixième numéro se permet tout, dans une irrévérence déjà suggérée par le patronyme diabolique qu’il s’est choisi. On l’aura compris en les feuilletant, ces 130 pages, loin de rester lettre morte, sont plus vivantes que jamais. Cabinet de curiosités bruissant de voix, de murmures, de cris, lieu de rencontres en tous genres : un poète, un musicologue, une pionnière – Michèle Boëhm, qui créa le métier de monteur-son –, un musicien et homme de radio, quelques historiens, linguistes et philosophes, et même… un « audio-naturaliste ». parmi eux, certains évoquent le bruit honni (celui de la modernité, celui de la vocifération injurieuse) et en montrent le caractère parfois aliénant. Les oreilles n’ont pas de paupières et le corps peut être blessé par des paroles aiguisées comme des lames de couteau. Le lecteur attentif remarquera la prédominance d’une forme d’écriture : l’entretien ou le dialogue. Décliné sous tentes ses variantes – conversation au coin d’un bar d’un hôtel chic, interview téléphonique ou virtuelle, souvenir d’une visite qui s’émousse déjà et laisse dans la mémoire une impression de nostalgie –, l’entretien permet de faire vivre une pensée, un récit, en le confrontant à une altérité, à un discours autre, qui le suscite, le stimule, le bouscule parfois. Le dialogue crée un « être à deux », un terrain commun inédit et proprement « inouï », qui n’est possible et qui n’existe que dans le temps et l’espace même de la rencontre. Lui seul permet à la pensée de conserver sa vigilance et sa spontanéité. Ainsi la forme écrite de l’entretien, discours direct ou indirect, cherche-t-elle à reproduire la présence des interlocuteurs et la vivacité de leur parole. C’est là que paradoxalement les images entrent en jeu et, une fois de plus, nous avons tenté de « faire parler » les textes en construisant une iconographie originale, qui ne se cantonne pas à son statu d’illustration, mais interroge le discours, lui donne la réplique. De ce point de vue, il nous faut avouer notre dette envers les keepsakes du XIXe siècle, ces ouvrages en vogue dans l’Angleterre romantique où les mots de Shelley, Ruskin voisinaient avec les gravures les plus raffinées. Des livres parfaitement inutiles et pour cette raison absolument indispensables, qui valorisaient aussi bien le texte que l’image. Autre modèle, inconscient celui-ci : nous avions rêvé d’une revue tel un livre « pop-up » faisant surgir au détour d’une page, à « la tourne », comme disent les musiciens, par la magie du pli et du repli, le bruit du monde. Un « livre animé », restituant tout leur volume aux voix tues de ceux qui ont choisi d’écrire plutôt que de parler, de ceux qui cherchent au contraire à donner corps et chair au poème, ajoutant à notre univers une dimension de plus. Une revue adressée aux « entendeurs » que sont les passionnés de radio et de son, qui entendent comme ils lisent.


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